DÉSERTS ET GRANDS ESPACES DU SOUTHWEST (épisode 2) – jour 6 à 9

Samedi 28 mars, immensité désertique et monolithes géants

Je me réveille à 6h ce matin, très motivé par la journée qui s’annonce. En effet, cela fait plusieurs années que j’attends de faire la piste de Cathedral Valley, malgré plusieurs passages à Capitol Reef lors de voyages précédents. Soit j’avais manqué de temps, soit la météo rendait la piste impraticable. Il y a deux ans, un problème de voiture de dernière minute m’avait obligé à annuler mes plans. J’espère donc que cette fois sera la bonne. Avant de partir, je prends un petit-déjeuner dans la salle de restaurant du Rim Rock. Assez copieux et inclus dans le prix de ma chambre. Direction ensuite le visitor center de Capitol Reef, où je dois m’enquérir de l’état de la piste et du niveau de l’eau de la rivière qu’il faut traverser en tout début de parcours. J’en profite aussi pour acheter à deux dollars un petit fascicule détaillant les nombreux points d’intérêt sur la route de Cathedral Valley et les courtes randonnées à effectuer. Un ranger me confirme qu’il n’a pas plu la veille et que le soleil sera au beau fixe toute la journée, je peux donc prendre la route tranquillement.

Il faut d’abord traverser le parc d’ouest en est puis, deux miles après la sortie, prendre une petite route sur la gauche. Presque immédiatement, la fameuse rivière à traverser. Il y a environ trente centimètres d’eau, ça ne pose donc pas de problème. Il faut rouler très doucement dans le lit de la rivière dont les pierres peuvent être coupantes. Pendant environ 100 mètres avant de rejoindre la piste de l’autre côté. Une fois la rivière franchie, la piste (Hartnet Road) commence. Sèche car il n’a pas plu récemment. Assez praticable malgré quelques passages caillouteux, des bosses ou des washs (lits de rivière à sec) qui font frotter le bas de caisse. Le 4×4 est tout de même très fortement conseillé et la garde haute indispensable. La première partie de la piste traverse un paysage de plaines et de collines de bentonite (de l’argile) aux teintes pastel, du crème au marron en passant par le rose et le vermillon.

Paysage de la Hartnet Road vers Cathedral Valley dans Capitol Reef
Quelques veaux broutent l’herbe encore verte (pastel elle aussi) et me regardent interloqués. J’arrive ensuite à mon premier arrêt, Lower South Desert Overlook. Une autre piste d’un mile m’y amène puis une marche de quelques centaines de mètres. Là, la vue est superbe ! Une grande plaine désertique au milieu de laquelle trône un monolithe ocre de plus de 150 mètres de haut au sommet blanchâtre.

Lower South Desert Overlook dans Capitol Reef National Park, Utah
Je me sens vraiment tout petit face à cette immensité. Ce serait encore plus le cas si je descendais au pied du monolithe, mais je n’ai pas le temps de faire cette longue marche. Cela dit, c’est possible pour ceux qui le souhaitent car une ancienne piste aujourd’hui fermée sert de sentier pour les randonneurs (très rares ici) et les chevaux. A mon retour à la voiture, je remarque une entaille dans l’un de mes pneus. Une pierre coupante lors de mon passage de la rivière ? Pas sûr. Le caoutchouc est en tout cas complètement déchiré sur 5 centimètres, mais la chambre à air ne me semble pas touchée. Je reprends la route en espérant que cela ne me posera pas de problème et en redoublant de vigilance quand la piste est chaotique et jonchée de pierres. Je poursuis sur une bonne dizaine de miles et, sans doute absorbé par ce problème de pneu, je me rends compte que j’ai manqué un arrêt. Celui de Lower Cathedral Valley qui permet d’avoir une vue plongeante sur Temples of the Sun, Moon and Stars, d’autres monolithes. A cette heure de la matinée, la lumière aurait sans doute été bonne pour les photos, mais c’est trop tard pour faire demi-tour. Tant pis, je verrai ces “temples” plus tard dans la journée, cette fois du plancher des vaches. L’arrêt suivant est à Upper South Desert Overlook. Une marche de 10 minutes atteint un promontoire d’où l’on domine une vaste vallée semi-aride entourée de hautes falaises. Là encore, immense et magnifique. Dans le fond, le sommet des montagnes est encore enneigé.

Upper South Desert Overlook dans Capitol Reef, Utah

Il est déjà plus de midi quand je retourne à la voiture. Je conduis moins d’un mile avant de m’arrêter de nouveau au point de vue le plus spectaculaire pour ma pause déjeuner : Upper Cathedral Valley. On y domine les monolithes de Cathedral Valley et les grandes falaises au milieu desquelles on aperçoit un bout de la piste. La vue est exceptionnelle et j’ai hâte de voir ces grandes aiguilles de plus près !

Vue sur Cathedral Valley dans Capitol Reef, Utah
Au moment où je repars, après avoir englouti quelques sandwiches, je croise ma première voiture de  la journée. Un sympathique Américain d’une soixantaine d’années et son chien dans un gros 4×4. Je discute quelques minutes avec lui et en profite pour lui montrer mon pneu abimé. D’après lui, il n’y a pas de problème pour continuer, ce qui m’enlève un peu de stress. Un dernier regard sur le paysage et je démarre le moteur. La piste devient plus difficile et descend de façon assez abrupte vers Cathedral Valley. Il faut éviter les grosses pierres et les nids de poule et ne pas donner de gros coups de frein car la piste est poussiéreuse et glissante. En bas, je gare la voiture sur un bas-côté et emprunte à pied le chemin de randonnée Cathedral Trail. Une partie seulement, qui me permet d’admirer de plus près les aiguilles et de multiplier les photos. C’est vrai que sous certains angles, elles ressemblent vraiment aux flèches d’une cathédrale. Mais plus imposantes car elles dépassent les 150 mètres de haut.

Pics acérés de Cathedral Valley dans Capitol Reef, Utah
J’entame ensuite la deuxième partie de la boucle par la piste Caineville Wash Road, en faisant d’abord un petit détour vers Gypsum Sinkhole (un gouffre de soixante mètres de profondeur formé à la suite d’un effondrement). Le dernier arrêt sera Lower Cathedral Valley, où je peux enfin m’approcher de Temples of the Sun and Moon dont j’avais raté la vue de haut quelques heures plus tôt. Cette fois, je suis à leur pied.

Temple of the Sun et Temple of the Moon dans Capitol Reef National Park, Utah
Il est près de 16h et à cette heure-là, ces monuments de 130 mètres de haut sont malheureusement à l’ombre. Malgré leur apparence très solide, je me demande combien de temps il résisteront à l’érosion… Non loin de là, un gisement apparent de sélénite, du cristal de gypse que l’on appelle également pierre de lune, d’où le nom de l’un des monolithes. Bien entendu, il est formellement interdit d’en prendre un morceau.

Les quinze derniers miles de la piste traversent des paysages de mesas et de collines de bentonite avant de retrouver la Highway 24 goudronnée. Il est 17h. J’aurais effectivement mis toute la journée pour parcourir les 100 km de la piste en comptant plusieurs arrêts et courtes marches. Non seulement je n’ai pas été déçu, mais je considère cet endroit comme l’un des plus beaux de l’Ouest américain !

Mon motel (Rodeway Inn), que j’avais préalablement réservé, est situé à quelques minutes seulement de là. L’occasion de me dépoussiérer et de m’enquérir une nouvelle fois d’un avis concernant le pneu de ma voiture. La personne de l’accueil appelle le garagiste le plus proche et me dit que je pourrai passer lundi matin seulement pour éventuellement faire une réparation. Pas demain car nous serons dimanche. Tant pis, je verrai ça lundi mais dans la petite ville d’Escalante où je me trouverai alors. J’espère juste que ça ira demain car j’ai une autre portion de piste difficile à effectuer.

Dimanche 29 mars, randonnée épique et merveilles géologiques

Quand j’ai préparé mon voyage, j’attendais beaucoup de cette journée à venir. Avec un peu d’appréhension aussi car la randonnée prévue est difficile et la météo doit impérativement être au rendez-vous. Heureusement, il fait très beau ce matin et les prévisions n’indiquent pas d’orage pour la journée. Départ de l’hôtel vers 7h pour deux bonnes heures de route par la Notom-Bullfrog Road, qui longe Capitol Reef vers le sud. D’abord goudronnée, elle se transforme ensuite en piste en très bon état et carrossable par tout véhicule. Je rentre alors officiellement dans le parc et le paysage devient plus rocailleux. Je me trouve en fait dans le Waterpocket Fold, gigantesque plissement de la croûte terrestre qui s’étire sur 160 km, que je pourrai admirer d’en haut lors de ma randonnée. J’arrive alors au croisement avec la Burr Trail Road, qui prend rapidement de l’altitude et zigzague au milieu d’impressionnants rochers de plusieurs dizaines de mètres de haut. Je suis concentré sur la route mais je parviens tout de même à profiter du paysage de plus en plus fantastique. Les lacets terminés, j’arrive enfin à l’embranchement avec la piste difficile qui doit m’amener à Strike Valley Overlook pour une vue sur le Waterpocket Fold. D’une longueur de 3 miles seulement (environ 5 km) dont le premier est facile. Ça se corse ensuite en raison de très nombreuses pierres plus ou moins grosses sur le chemin, qu’il faut éviter tant bien que mal. Je roule à moins de 10 miles à l’heure. Heureusement qu’il n’y a pas d’autres voitures car la piste est par endroits très étroite. A 300 mètres environ de l’arrivée, je suis obligé de stopper car deux grosses caillasses me barrent la route et je n’ose pas tenter de passer avec ma voiture. C’est un petit 4×4 que j’ai et la garde haute n’est pas si importante que ça. Tant pis, je gare la voiture sur un côté et je ferai le reste à pied. Il n’y a pas de chemin spécifique pour atteindre Strike Valley Overlook, il suffit de marcher 10 à 15 minutes pour atteindre le haut de la rive. Là, le spectacle est fabuleux !

Vue sur le waterpocket fold de Capitol Reef, au point de vue Strike Valley Overlook

On distingue parfaitement le plissement terrestre et les affleurements de roches de différentes couleurs. On voit même la piste sinueuse que j’ai empruntée un peu plus tôt dans la matinée. Je reste là un bon quart d’heure avant de redescendre et de m’attaquer au gros morceau de la journée : la randonnée Upper Muley Twist Canyon Trail. D’une longueur de 9 miles aller-retour seulement (15 km), mais avec quelques difficultés périlleuses et un sentier chaotique en de nombreux endroits. Les trois premiers kilomètres se font dans un wash très large et relativement plat. Une très belle arche se trouve juste avant l’embranchement où je dois décider de la direction à prendre : à droite pour atteindre le sommet directement ou tout droit pour continuer dans le wash et rejoindre le sommet cinq kilomètres plus loin. Je choisis la première option.

Saddle Arch dans Upper Muley Twist Canyon, Capitol Reef

Ça grimpe tout de suite assez abruptement à même la roche et il est parfois difficile de trouver son chemin car le sentier disparaît régulièrement. Il faut donc se diriger en repérant les cairns, heureusement bien visibles. Toute la randonnée s’effectue de cette façon, ce qui la rend d’autant plus usante car il faut rester bien concentré pour ne pas se perdre. A peine trente minutes de montée et je retrouve la vue que j’avais à Strike Valley Overlook. Vraiment l’un des plus beaux points de vue que j’ai pu admirer aux Etats-Unis. Les 2,7 miles suivants (4,3 km) se font sur la crête, avec à ma droite le Waterpocket Fold et à ma gauche, le canyon de couleur ocre. Je prends mon temps pour bien en profiter.

Dans Upper Muley Twist Canyon, le waterpocket fold de Capitol reef à droite et un paysage de grès rouge à gauche, vus du chemin de crête
Route sinueuse au milieu du waterpocket fold de Capitol Reef
Le waterpocket fold et la vue vers le sud, pris du chemin de crête d'Upper Muley Twist Canyon

Je rencontre un Américain, seul lui aussi, venant en sens inverse. Il me prévient qu’un passage potentiellement dangereux m’attend un peu plus loin. En effet, le sentier devient très étroit et nécessite de faire un peu d’escalade. Cela ne pose pas de problème en faisant attention, mais mon gros sac à dos et mon matériel photo me rendent la tâche plus difficile. Ouf, première difficulté passée ! J’arrive bientôt au bout du chemin et dois maintenant redescendre tout en bas. Un dernier regard sur le paysage (je ne m’en lasse pas) et j’entame la descente quelque peu périlleuse.

Le Waterpocket Fold de Capitol Reef vu du chemin de randonnée Upper Mulet Twist Canyon

 Aux deux tiers de la descente, un replat et de l’ombre m’incitent à m’arrêter pour déjeuner. Deux personnes arrivent alors que je dévore mon sandwich. Ce sont deux Québecois avec qui je suis ravi de pouvoir parler un peu français. Ils m’annoncent à leur tour qu’une nouvelle difficulté m’attend d’ici quelques minutes. Ok, ça promet. En effet, me voilà tout à coup bloqué dans une faille dont je dois grimper la paroi pentue d’environ trois mètres de haut. Sauf que celle-ci est lisse et que je n’ai pas de prise. A deux, ce ne serait pas trop difficile, mais tout seul, la tâche est bien plus ardue. Je tourne en rond pendant trente minutes en essayant de trouver un autre chemin, mais il n’y en a pas. Je pense même un instant à rebrousser chemin et tout refaire en sens inverse. Finalement, je me déleste de tout mon matériel que je pousse le plus loin possible sur une partie plus horizontale de la paroi. Puis, en m’y reprenant à plusieurs reprises, je prends mon élan et je cours sur la pente glissante. Me voilà enfin en haut, soulagé ! Et assez énervé par cette difficulté à laquelle je ne m’attendais pas. J’ai perdu pas mal de temps et je décide de ne pas traîner pour retourner à la voiture. Il me reste encore cinq kilomètres à parcourir, d’abord à flanc de corniche puis dans le wash. Il est presque 16h quand j’arrive à destination. Il était temps car je n’avais plus une goutte d’eau avec moi.

Retour par la même piste chaotique qu’à l’aller. Je retrouve ensuite la Burr Trail Road, goudronnée dans sa partie finale. Je suis stoppé près de 30 minutes par un troupeau de bétail avançant au pas au beau milieu de la route et mené par un cow-boy et ses deux fils. Ils me font finalement signe de passer, doucement, au milieu des vaches qui me regardent de travers. J’arrive enfin à la fameuse Scenic Byway 12, considérée comme l’une des plus belles routes des Etats-Unis, que j’emprunte pour me rendre jusqu’à Escalante où je passerai la nuit. C’est vrai que les paysages, qui font partie de Grand Staircase Escalante National Monument, sont magnifiques.

Route UT12 dans le nord de Grand Staircase Escalante National Monument, Utah
Il est pas loin de 19h quand j’arrive à mon motel d’Escalante, le Circle D. La chambre (que j’avais réservée au préalable) est rustique mais agréable et le restaurant appartenant au motel, plutôt bon. Demain, j’ai prévu une autre randonnée mais je suis franchement fatigué par celle que je viens de faire. Je ne sais donc pas si je vais la maintenir au programme car c’est 7h de marche difficile et 3h de piste en tout. Je me déciderai demain, au réveil. Comme on dit, la nuit porte conseil…

Lundi 30 mars, cheminées de fée enneigées et journée improvisée

Je me réveille sous un temps maussade, sans savoir encore ce que je vais faire aujourd’hui. Ma randonnée prévue, dont j’attends beaucoup, est celle de Coyote Gulch, à cheval sur Grand Staircase Escalante et Glen Canyon. Elle comporte plusieurs difficultés, dont une descente de slickrock qui peut être très dangereuse en cas de pluie. Je vais voir comment évolue la météo avant de me décider. D’abord, après le petit-déjeuner, je me rends chez le garagiste le plus proche pour enfin faire vérifier mon pneu abîmé lors de ma journée dans Cathedral Valley. Il me rassure en me disant que malgré le caoutchouc déchiré, je peux rouler sans problème et continuer mon périple comme si de rien n’était. Une bonne nouvelle pour commencer la journée. Je décide ensuite d’emprunter la piste Hole-in-the-rock qui mène au départ de ma randonnée en me disant que je verrai quoi faire une fois arrivé. Mais le temps devient franchement orageux et quelques gouttes de pluie commencent à tomber. C’est décidé, je fais demi-tour et je laisse tomber, à regret, ma randonnée…

Il faut donc improviser un peu. Ma destination suivante étant la petite ville de Kanab, dans le sud-ouest de l’Utah, je vais finalement passer par Bryce Canyon National Park. J’y suis déjà allé plusieurs fois mais je me dis que fin mars, il y aura peut-être encore de la neige, ce qui serait une jolie plus-value par rapport à mes visites précédentes. Au fur et à mesure de mon avancée sur la route 12, le temps se découvre et le ciel devient franchement bleu quand j’arrive à l’entrée du parc vers 9h. Je ne ferai pas de randonnée, seulement la route qui traverse Bryce Canyon en m’arrêtant à plusieurs points de vue. L’idée est de prendre de nouvelles photos pour le site internet. Sunrise, Sunset, Inspiration et Bryce Points pour commencer, puis Natural Bridge et Rainbow Point, au bout de la route. J’ai de la chance car, comme je le pressentais, il y a encore un peu de neige par endroits au milieu des cheminées de fée (hoodoos). Pas très épais mais ça suffit à rendre le paysage encore plus lumineux et plus beau.

Sunrise Point dans Bryce Canyon National Park
Vue de Bryce Canyon à Sunrise Point
Natural Bridge dans Bryce Canyon encore enneigé
Le sud du parc, plus élevé en altitude, conserve la neige plus longtemps
Il y a également moins de monde à cette période, comparé au plein été où l’affluence touristique est telle que cela donne malheureusement un côté parc d’attraction. Là, c’est plus calme et j’apprécie d’autant plus. Cela dit, quand je m’arrête à Sunrise Point au retour, c’est le début de la cohue. Il est midi et les places de parking et les tables de pique-nique sont prises d’assaut. Je me trouve un coin isolé pour déjeuner tout en profitant du paysage. Avant de repartir et sortir du parc vers 13h.

Au lieu de prendre la Highway 89 à l’est pour me rendre directement à Kanab, je vais passer par la piste Cottonwood Canyon Road qui traverse Grand Staircase du nord au sud. Elle débute près de Kodachrome Basin, un petit parc d’Etat où je me rends en premier lieu. Pas très longtemps car le ciel se couvre et la pluie commence à tomber. J’ai tout juste le temps de faire une balade sur le sentier Angels Palace Trail mais un début d’orage me convainc de ne pas en faire plus. Je n’ai donc qu’un rapide aperçu du parc en y restant moins de deux heures. Je suis sûr que par un temps ensoleillé, les couleurs de la roche ressortent bien mieux. Là, ça reste joli mais un peu terne. Après Capitol Reef et Bryce Canyon, je suis sans doute un peu trop exigeant !

Vue sur Kodachrome Basin State Park du sentier Angels Palace Trail
Angels Palace Trail dans Kodachrome Basin State Park, Utah

Je repars donc vers 15h30 pour environ 2h30 de route jusqu’à Kanab. La piste Cottonwood Canyon Road est superbe et très sauvage, traversant des paysages semi-arides où l’on peut faire de nombreuses randonnées. Il pleut toujours un peu et la piste est parfois boueuse. Je croise une voiture type Audi et me demande comment elle a pu arriver jusque-là. Malgré la météo maussade, je m’arrête quelques minutes à Grosvenor Arch, accessible par une courte déviation. Puis non-stop jusqu’à mon point de destination. Le soleil décline et progressivement, le ciel se nettoie.

Grosvenor Arch sur la Cottonwood Road dans Grand Staircase Escalante National Monument, Utah
Piste Cottonwood Road dans Grand Staircase Escalante National Monument, Utah
Paysage semi-aride le long de la piste Cottonwood Road dans Grand Staircase Escalante National Monument, Utah

J’arrive à Kanab vers 18h15. Je passerai la nuit au Rodeway Inn, l’un des motels les moins chers du coin. Le temps de faire un peu de rangement dans mes affaires puis d’aller manger au McDo, je suis prêt à dormir plus tôt que d’habitude. Une bonne nuit en perspective car je n’ai rendez-vous qu’à 8h30 demain matin au visitor center de Kanab.

Mardi 31 mars, loterie, cervelle et dentelle…

Je dois en effet participer ce matin à la loterie pour tenter d’obtenir un permis pour Coyote Buttes North, où se trouve The Wave. Je m’étais déjà inscrit au tirage au sort sur internet mais n’avais pas été sélectionné. Il faut dire que depuis quelques années, la demande est devenue extrêmement importante et être tiré au sort relève presque du miracle (10 personnes par internet sur plusieurs centaines et 10 personnes à la loterie sur place par jour). Malheureusement pour moi, c’est l’échec : pas de permis obtenu. J’avais prévu le coup et je reste au visitor center pour essayer cette fois d’avoir un permis pour Coyote Buttes South. La loterie a lieu uniquement si plus de dix personnes sont présentes. Et nous ne sommes que sept. Permis directement obtenu pour le lendemain !

Exceptionnellement, j’ai prévu les services d’un guide. Ce n’est pas vraiment mon truc mais la piste pour Coyote Buttes South est tellement mauvaise que je ne suis pas sûr que mon petit 4×4 serait à la hauteur. Et vu que c’est une location, je ne peux pas me permettre de prendre le moindre risque. Je dois donc me rendre à Paria Outpost, entre Kanab et Page, pour régler quelques détails avec Steve Dodson, le guide en question à qui j’avais fait par internet une pré-réservation. Steve me demande si cela me pose un problème qu’une autre personne soit présente demain pour notre sortie. A vrai dire, j’aurais préféré être seul, mais vu qu’il reste trois permis disponibles au visitor center de Kanab, c’est difficile de dire non. Les Dodson proposent aussi l’hébergement dans une chambre rustique mais authentique, pour 65$ avec petit-déjeuner. Très pratique car je serai sur place pour partir demain matin. Je pose donc mes affaires et repars ensuite pour randonner vers Edmaier’s Secret.

C’est un endroit encore peu connu dont les Rangers de Kanab ne parlent pas, à moins qu’on leur demande. C’est aussi une très bonne alternative à ceux qui n’ont pas de permis pour Coyote Buttes. Pour atteindre cet endroit aux formations rocheuses étonnantes, je prends donc la route vers Kanab puis tourne sur la piste House Rock Valley Road, que l’on emprunte également pour se rendre au départ de Coyote Buttes North et South. Le sentier d’Edmaier’s Secret est le même que celui de Buckskin Gulch, mais il faut bifurquer à gauche après environ trois kilomètres, quand on aperçoit une grande étendue de sable. Il n’y a pas d’indication le long du chemin, mais j’avais préparé l’itinéraire avant le voyage en le rentrant dans mon gps de randonnée. Après une heure de marche, j’arrive sur place. Tout de suite, je découvre de nombreux brainrocks, des formations rocheuses ressemblant à des cerveaux.

Formations rocheuses en forme de cerveaux dans Edmaier's Secret, Utah
De nombreux brainrocks, roches en forme de cerveaux, sont visibles à Edmaier's Secret, dans le sud de l'Utah
C’est à la fois beau et étrange ! Par endroits, la roche est également striée ou incurvée comme une vague. J’avance un peu plus et j’aperçois ce qui fait l’intérêt premier de ce site : des roches d’une incroyable délicatesse, fines comme de la dentelle. C’est fou ce que l’érosion est capable de produire ! Je fais bien attention où je mets mes pieds pour ne rien abîmer car c’est vraiment très fragile. Je comprends mieux pourquoi cet endroit n’est pas indiqué dans les guides. Il serait vite ravagé si trop de monde venait ici. Le vent et la pluie ont mis des millions d’années à façonner ces paysages, ce serait triste de les détruire en quelques semaines…

L'érosion a ciselé la roche comme de la dentelle dans Edmaier's Secret, Utah
La finesse de la roche dans Edmaier's Secret la rend très fragile
Vu qu’il n’y a pas de sentier, j’explore comme bon me semble pendant environ deux heures, avant que quelques gouttes de pluie ne sonnent le signal de départ. Retour par le même chemin qu’à l’aller jusqu’à Paria Outpost. C’est la fin d’après-midi et il me reste encore un peu de temps pour me rendre à Old Paria Movie Set. Un site où ont eu lieu des tournages de films. Malheureusement, il ne reste plus rien des décors suite à un incendie criminel en 2006, mais j’y vais pour le coucher de soleil qui y est, paraît-il, particulièrement beau. La piste est plutôt facile à l’exception de quelques washs assez profonds, mais ça passe. Je m’arrête quelques minutes devant un cimetière où reposent d’anciens résidents du coin. Autour, le paysage est multicolore : rouge, orange, vert, blanc, gris, violet… Avec la lumière rasante du soir, c’est superbe !

Les décors de films n'existent plus à Old Paria Movie Set, mais le paysage restent superbes, surtout au coucher du soleil
Paysage de badlands multicolores au coucher du soleil à Old Paria, sud de l'Utah
Il est désormais plus de 19h et il fait trop sombre pour continuer. Je poursuis vers Kanab pour y dîner et profiter de la connexion internet du McDo pour donner et prendre quelques nouvelles. Puis retour à Paria Outpost. Demain, le départ vers Coyote Buttes South avec Steve est prévu pour 9h…

A suivre dans l’épisode 3 de Déserts et grands espaces du Southwest : les incroyables formes et couleurs de Coyote Buttes, le spectaculaire Rainbow Bridge et le mythique Monument Valley !

2019-01-13T11:32:52+00:0012 septembre, 2016|Récits de voyage|Aucun commentaire

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