ROAD TRIP EN SOLO AUTOMNE 2018 (épisode 2) – jour 7 à 12

Ce deuxième épisode couvre mon incursion un peu plus longue que prévue dans l’Utah ainsi que mon arrivée dans le nord-ouest du Nouveau-Mexique. Beaucoup d’imprévus dus à la météo très médiocre mais que je ne regrette absolument pas, bien au contraire. Voici l’itinéraire :

Itinéraire de la deuxième partie de mon road trip de l'automne 2018
Jeudi 18 octobre, une journée aux dômes

C’est le grand jour ! Enfin, je vais pouvoir aller à White Domes, après avoir annulé à deux reprises lors de précédents voyages. En 2015, la pluie m’avait contraint à changer mes plans et en 2017, j’avais préféré ne pas prendre de risque à cause d’une contracture au mollet. Aujourd’hui, le ciel est bleu et le soleil rayonnant. Pas de problème physique hormis quelques maux de ventre, mais ça ne va pas m’empêcher de marcher. C’est parti de bon matin direction Hildale. Je vais faire la montée par Water Canyon, plus courte mais réputée plus difficile que Squirrel Canyon. La piste qui mène au parking est parfois dans un état médiocre mais là, c’est un vrai billard.

La première partie de la marche est une montée facile d’une trentaine de minutes au milieu des falaises de Water Canyon. C’est très joli, rafraîchissant et on peut même observer Water Canyon Arch sur la droite. Au bout du sentier officiel, les Narrows et ses petites cascades sont encore plus photogéniques.

Water Canyon Arch vue lors de la montée vers Water Canyon

Par contre, c’est extrêmement glissant et je manque à deux reprises de me retrouver dans l’eau et la boue… C’est ensuite que ça se corse un peu. Il faut grimper sur la droite et monter à flanc de falaise via un chemin assez pentu. Mais à moins d’être vraiment imprudent, il n’y a pas de danger particulier. Juste deux ou trois passages qui requièrent d’utiliser ses mains mais rien de bien compliqué finalement. Tout ça est assez ludique et vraiment agréable. Pas un chat, pas un bruit parasite et des couleurs de début d’automne en bonus !

Water Canyon vu du chemin menant à Top Rock, Canaan Mountain
J’arrive à Top Rock, où le GPS devient indispensable. Il n’y a aucun sentier, juste parfois quelques cairns qui ne servent pas à grand chose. Je suis donc approximativement ma trace avec les White Domes comme repère visuel, au loin. Le paysage est ici beaucoup plus minéral et vraiment superbe.

Vue sur l'étendue de slickrock à Top Rock, White Domes
Wash et retenue d'eau (pool) entre Top Rock et White Domes
Paysage vu lors de la montée vers White Domes à partir de Top Rock
Après un passage dans un grand wash, j’arrive sur une grande zone de slickrock en plein soleil et sans un poil d’ombre. Heureusement, il fait très bon aujourd’hui (23°C au plus chaud de la journée) ce qui rend la marche beaucoup plus simple. J’ai toujours ce mal de ventre qui traîne depuis ce matin mais j’essaie de ne pas y penser car les dômes approchent enfin. Un dernier petit effort et les voilà !

C’est vraiment sublime ! Et exceptionnel d’un point de vue géologique. Probablement l’un des plus beaux paysages que j’ai vus dans l’Ouest. Le site n’est pas très grand mais je prends quand même du temps pour explorer à droite, à gauche. Avant de prendre un peu de repos et de faire ma pause déjeuner. Pas mal l’endroit pour pique-niquer, non ?


Après cette halte, je reprends la marche pour aller au-delà de White Domes. Il y a trois spots que je souhaite voir : Black Rocks, The Notch et The Windlass. C’est 6 kms de plus A/R, en partie dans du sable, mais tant pis. J’y parviens tour à tour, j’apprécie, je prends des photos…

Le problème, c’est que je me sens de plus en plus mal. Maux de ventre, vertiges, frissons… et encore 9 kms à faire à partir de The Windlass ! Il me reste un fond de Mountain Dew que je vais rationner pour me redonner un peu d’énergie. Après une petite pause à l’ombre, c’est reparti tant bien que mal. Autant dire que la descente puis la remontée vers Top Rock est un peu pénible et que je ne prends pas tellement le temps de regarder autour de moi. Je manque même de marcher sur un habitant des lieux, heureusement inoffensif et visiblement très jeune.

Un petit serpent (une couleuvre il me semble) sur une section de slickrock vers White Domes
Progressivement, je retrouve un peu d’entrain et la descente de Water Canyon est ainsi effectuée tambour battant. Nouvel arrêt aux Narrows, où je croise la première personne de la journée.

Falaises de Water Canyon et couleurs de début d'automne, en direction de Top Rock
Descente vers Water Canyon en milieu d'après-midi après la visite de White Domes

Et une vingtaine de minutes plus tard, je suis à la voiture, bien content de ma journée malgré ma grosse défaillance. Il faut maintenant que je trouve où dormir. J’ai vraiment besoin de repos et de confort ce soir, donc pas de nuit dans la voiture. Et les motels de Kanab, Hurricane ou Page sont tous pris ou trop chers. J’en avise un bon marché à Cedar City. C’est un plus haut que prévu mais tant pis. Je redescendrai demain en direction de Page, sans vraiment savoir pour le moment ce que je vais faire de ma journée. Ce qui est sûr, c’est qu’elle sera tranquille. En attendant, c’est détente, douche et une bonne pizza dans la chambre. Et dodo pas tard, pour bien récupérer…

Vendredi 19 octobre, repos et impro

Réveil plus tard que prévu. Encore un peu fatigué de mon problème de la veille mais ça va tout de même bien mieux. Je vais néanmoins faire une journée calme afin de ré-attaquer une session de randos dont Salt Trail Canyon dans les jours à venir. Avant de partir (tard) du motel, je prends quelques minutes pour décider de ce que je vais faire aujourd’hui, sachant que je dois me diriger vers Lee’s Ferry où je ferai demain le Spencer Trail.  Ce sera donc Johnson Canyon et son petit slickrock facile à atteindre pour commencer. Le temps de faire un réapprovisionnement au Walmart du coin, de faire la route (près de 2h) et de manger, je commence la balade en début d’après-midi. Je descends dans le grand wash et remonte de l’autre côté où les fils barbelés sont affaissés. Ensuite, c’est une dizaine de minutes de marche seulement pour arriver à l’objectif. La zone de slickrock, de petite taille, est parcourue au sol de jolies stries jaunes et blanches. Deux formations rocheuses coniques étonnantes, visibles dès le début de la marche, semblent garder les lieux au pied de la falaise.

Vue d'ensemble de Johnson Canyon, Utah
Johnson Canyon près de Kanab, Utah
En regardant à droite, je me dis qu’il doit être possible de monter tout en haut et de découvrir, peut-être, d’autres merveilles. Je verrai ça une autre fois, ce n’est pas le bon jour pour ce genre de petite exploration. Je reste une vingtaine de minutes avant de repartir par le même chemin.

Je prends ensuite la direction de Lee’s Ferry en passant devant Paria Outpost où j’avais passé la nuit en 2015. Quelques centaines de mètres plus loin, je bifurque à droite sur la White House Trailhead Road pour aller voir le Nautilus. Cette formation rocheuse en forme de vortex s’est en partie effondrée en 2014 et n’est plus aussi photogénique qu’avant. Mais comme je suis dans les parages, autant y aller. Même si à 16h, je risque d’avoir de sacrés ombres disgracieuses. Le chemin est très court et sans aucune difficulté bien que les pluies des jours précédents aient rendu le chemin très boueux. J’arrive rapidement à destination. Ce petit dôme blanc entouré de falaises rouges se repère facilement. Comme prévu, la lumière est très blanche et les ombres trop marquées mais les courbes de ce tunnel rocheux sont quand même très jolies.

Wash menant à Nautilus Rock, Utah
Vortex du Nautilus dans le sud-ouest de Grand Staircase, Utah
Retour à la voiture par le même chemin puis route jusqu’à ma destination finale en faisant un arrêt à Page pour quelques courses au Safeway et de l’essence. J’arrive au camping de Lee’s Ferry à la tombée de la nuit. C’est parfait, je suis à seulement quelques centaines de mètres du départ du Spencer Trail que j’emprunterai demain matin.

Samedi 20 octobre, montée matinale et changement de plan

La nuit a été bénéfique et je me sens en pleine forme pour effectuer le Spencer Trail pour la première fois, malgré mes nombreux passages dans le coin. La montée de 2,2 miles (3,5 km) et 485 mètres de dénivelé est réputée assez difficile. Je ne sais pas trop pourquoi mais je n’avais jamais été tenté par cette rando, à tort. Le soleil n’est pas encore levé quand je pars du camping. Le temps de me garer sur le parking du départ du sentier et de me préparer, les premiers rayons du soleil ont fait leur apparition. Le Colorado est au repos et seuls deux bateaux viennent rompre le silence et la tranquillité des eaux. Superbe et relaxant.

Deux bateaux à moteur sur les eaux calmes du Colorado à Lee's Ferry au lever du soleil
Colorado à Lees Ferry au petit matin
La montée est finalement assez facile car régulière. Suffisamment pentue par endroits pour donner une bonne petite suée mais vraiment rien de bien compliqué. Il y a juste un replat et une légère descente aux 2/3, avant de monter de nouveau en lacets jusqu’au sommet. Il me faut environ une heure de marche pour arriver en haut, d’où la vue est magnifique.

J’ai prévu d’aller un peu plus loin jusqu’à Six Mile Bend, un méandre du Colorado peu connu qui se trouve de l’autre côté de Horseshoe Bend… les centaines de visiteurs en moins ! Ce n’est pas la meilleure heure pour apprécier cet endroit mais tant pis, je ne pouvais pas y aller en fin d’après-midi où je n’aurais pas eu le soleil en face de moi.

Je suis tout de même bien content d’être là, tout seul, avec le Colorado en contrebas. Je me rends compte que j’ai un peu de réseau grâce à la proximité de Page. J’en profite donc pour donner de mes nouvelles sur Skype et montrer ainsi le paysage que j’ai devant moi. Je reste plus d’une heure sur les hauteurs du méandre, avant de prendre le chemin inverse. De Six Mile Bend jusqu’au sommet de Spencer Trail où je fais une courte pause photos. Puis jusqu’à mon point de départ en moins de 45 minutes. Le Colorado est désormais au soleil et les couleurs bien différentes d’il y a deux heures.

Vue sur le Colorado du sommet de Spencer Trail, Arizona
Aperçu du sentier de Spencer Trail à Lees Ferry
Le parking est rempli mais je n’aurais pourtant croisé quasiment personne de la matinée. Je retourne à Page faire quelques courses, le plein d’essence et manger. Je dois maintenant prendre une décision concernant la suite. J’ai prévu d’aller au sud pour faire la randonnée de Salt Trail Canyon jusqu’au Little Colorado. Mais les prévisions météo sont mauvaises depuis plusieurs jours et il n’est pas question d’effectuer cette rando par temps pluvieux. D’autant que le Little Colorado perd sa couleur turquoise et devient boueux en cas de pluie soutenue. J’ai déjà du abandonner le Subway dans Zion mais je me résous à faire de même avec Salt Trail Canyon, très déçu. Mais pour aller où ? Il semblerait que le temps soit annoncé meilleur un peu plus au nord, vers Capitol Reef. Moi qui voulais depuis un certain temps passer une nuit à Moonscape Overlook, c’est l’occasion ! Même s’il y a beaucoup de route pour y arriver. Impossible de passer par la Cottonwood Canyon Road, fermée en raison des intempéries qui l’ont endommagée. Je ne pourrai pas arriver à bon port avant le coucher du soleil. Je prends donc l’US-89 jusqu’à Richfield, plus haut que prévu, mais qui me permettra d’être à moins de deux heures de Caineville demain matin. Heureusement, j’avais prévu de passer par là en plan B ou C, je sais donc déjà ce que je vais y faire…

Dimanche 21 octobre, de la Terre à la Lune… en passant par Mars

Contrairement à la veille, je ne prends pas mon temps ce matin et je quitte le motel dès que possible. J’ai deux petites heures de route avant de rejoindre Caineville en passant par Capitol Reef. A cette période, les feuilles des cottonwood ont leur magnifique couleur automnale, notamment vers la sortie Est du parc. Viennent ensuite les sublimes badlands de Caineville, où je vais faire mon premier arrêt. Mon objectif de ce matin est d’aller voir Long Dong Silver, une aiguille rocheuse épargnée par l’érosion entourée des mesas grises et jaunes caractéristiques de la région. Je me gare sur le bas-côté de la route et c’est parti pour une marche de moins de 2 miles. Aucune difficulté à l’exception de la terre devenue très meuble après les pluies des jours précédents et dans laquelle je m’enfonce régulièrement de 5 à 10 cm. C’est excessivement collant et je me retrouve avec de véritables semelles de boue qui rendent la progression plus lente. En revanche, la météo est correcte pour l’instant. Des nuages mais pas mal de coins de ciel bleu.

J’arrive tout d’abord à Black Spire, un grand hoodoo lui aussi miraculé qui a fort belle allure. Il me fait penser à une cheminée de paquebot.

Black Spire (ou Angel of Death) comme une tour de guêt au milieu des badlands, Utah
Black Spire dans les badlands de Caineville, Utah
J’aurais aimé m’en rapprocher en montant sur les monticules mais impossible, c’est vraiment trop boueux et collant. Je poursuis ma route en essayant en permanence de trouver le chemin le plus sec. Avant d’arriver quelques centaines de mètres plus loin à Long Dong Silver. Cette superbe aiguille très effilée trône fièrement au milieu des mesas qui forment une sorte d’amphithéâtre rocheux. Elle a même une petite soeur à côté d’elle, moins haute mais très jolie également. Et cette fois, le sol est suffisamment sec pour m’en approcher. Long Dong Silver est très appréciée des grimpeurs qui y ont laissé du matériel à son sommet. Pratique pour eux, moins pour les photos !

Arrivée à Long Dong Silver entourée de mesas, Caineville
Long Dong Silver trône au milieu des badlands et mesas de Caineville, Utah
Long Dong Silver et sa petite soeur vues de face
Je repars ensuite par le même chemin en accélérant le pas, le ciel se couvrant de nuages menaçants et quelques gouttes commençant même à tomber. J’arrive à la voiture quand il se met franchement à pleuvoir. Tant pis pour les prévisions météo de la veille qui annonçaient un temps relativement clément…

Couleurs automnales au bord des mesas et badlands de Caineville, Utah
Je n’ai que cinq minutes de route pour rejoindre le début de la piste Cow Dung Road menant à Lith Canyon, où j’ai prévu d’aller cet après-midi. J’ai tout de même une petit appréhension. Pas sûr que ma voiture, seulement AWD, apprécie cette piste sous la pluie. Et je n’ai pas envie de m’embourber. J’attends dans la voiture que la pluie se calme et j’en profite pour faire ma pause déjeuner devant le grillage qui marque le début de la piste. Et après une bonne heure et demie, je tente ma chance, doucement. Il y a bien quelques passages qui me semblent plus compliqués à franchir mais j’arrive à les éviter et la piste est finalement dans un état correct. Ici, le gris lunaire des badlands de Caineville a laissé la place à un rouge martien. Je passe d’ailleurs devant la MDRS, la station de recherche où des astronautes simulent les conditions de vie sur Mars. On s’y croirait !

Camp d'entraînement des astronautes à Mars Desert Research Station près de Lith Canyon
Encore quelques miles et j’arrive au bout de la piste, matérialisée par une barrière et un panneau indiquant Burpee Dinosaur Quarry. C’est là que je peux descendre pour effectuer une marche dans ce petit canyon. Mais j’ai tout juste le temps de prendre quelques photos que la pluie reprend de plus belle.

Paysage coloré de badlands à Lith Canyon, Hanksville
Badlands de Hanksville à Lith Canyon, Utah
Marche écourtée, retour à la voiture et piste en sens inverse… Je retrouve un peu de ciel bleu quelques minutes avant de récupérer le bitume. Le soleil va bientôt commencer à décliner et je ne veux rien manquer des derniers rayons sur Moonscape Overlook. Heureusement, il n’y a qu’une vingtaine de minutes de route pour rejoindre ce point de vue par la Coal Mine Road. J’arrive pile au bon moment pour profiter d’un superbe arc-en-ciel sur l’immensité des badlands. La météo m’a joué des tours depuis le début de ce voyage mais là, j’ai l’impression d’être enfin récompensé ! Les nuages se parent progressivement de jaune et de rose pastel, en parfaite adéquation avec le paysage. Un grand moment dont je profite jusqu’à la dernière seconde de lumière et même au-delà puisque je m’essaie à quelques photos de nuit, sans grand succès à cause d’une trop grande clarté.

Panorama de fin d'après-midi à Moonscape Overlook près de Caineville, Utah
Après la tempête, un ciel de traîne coloré plane au-dessus des badlands de Moonscape Overlook près de Caineville, Utah
Un arc-en-ciel au-dessus des étendues de badlands vues de Moonscape Overlook, Utah
Ciel de traîne coloré à Moonscape Overlook
Factory Butte au lever du soleil, Utah
Nuit claire à Moonscape Overlook, Utah
Une bonne petite bière, un repas léger puis la préparation du “lit” dans la voiture et je m’endors en pensant au lever de soleil qui m’attend demain…

Lundi 22 octobre, un échec avant la tempête

Je me réveille plus tôt que prévu, vers 5h. De quoi me laisser très largement le temps de ranger la voiture, prendre un petit déjeuner et préparer le matériel pour le sunrise. Alors que celui-ci est imminent, deux personnes arrivent pour photographier comme moi le paysage sous les premières lueurs de la journée. Un lever de soleil incandescent qui donne des teintes orangées très vives aux badlands quand les rayons les frappent de plein fouet. C’est assez surréaliste. Derrière moi, Factory Butte n’est pas mal non plus.

Moonscape Overlook au lever du soleil
Un photographe au bord de la falaise à Moonscape Overlook au lever du soleil, Utah
Lever de soleil incandescent sur les badlands à Moonscape Overlook
Couleurs irréelles du lever de soleil sur Moonscape Overlook, Utah
Le soleil se lève sur les badlands de Moonscape Overlook
Factory Butte sous les rayons du soleil du petit matin, Caineville
Voilà une journée qui commence de fort belle manière ! Je mitraille à droite, à gauche, avant de me résoudre à quitter les lieux. Je vais maintenant tenter de nouveau la randonnée de North Caineville Mesa. L’année précédente, j’avais abandonné au bout de quelques mètres à cause de mon vertige. Je ne fais pas durer le suspense, j’ai encore misérablement échoué ! Le début semble pourtant très simple mais me retrouver sur une crête étroite avec du vide de chaque côté, même si ce n’est que quelques mètres, suffit à me tourner la tête et me faire tituber. Tant pis, je ne vais pas prendre de risque inutile mais c’est quand même très frustrant. En y repensant quelques heures plus tard, je me dis que je retenterai le coup une prochaine fois mais en m’allégeant au maximum, en gardant juste un appareil photo et de l’eau. Ça m’aidera peut-être à ne pas me sentir déséquilibré.

Début de la randonnée de North Caineville Mesa, Utah
Je prends ensuite la direction du Nouveau-Mexique. Il y a plusieurs heures de route par la sublime UT-95 à partir d’Hanksville.

J’hésite à m’arrêter à Leprechaun Canyon mais avec le temps toujours instable, il vaut mieux éviter. Par contre, je fais un stop à un point de vue peu connu situé en territoire Navajo et accessible via un réseau de pistes très roulantes. Vous reconnaitrez les buttes de Monument Valley en arrière-plan 😉

Un gooseneck de la San Juan River en territoire Navajo
Un point de vue du côté de la San Juan River et Monument Valley en arrière-plan
J’arrive au Nouveau-Mexique en même temps que la pluie. A croire qu’elle me suit ! Elle n’est cependant pas trop intense, je me décide donc à aller à Shiprock comme je le souhaitais. Là encore, j’avais du rebrousser chemin lors d’un précédent voyage à cause de la météo. La piste par le sud de Shiprock est un peu boueuse et pas toujours facile à suivre. Et le ciel devient tout aussi inquiétant que cet impressionnant rocher à l’allure sinistre.

Je parviens tout de même au bout de la piste mais impossible de sortir de la voiture, la pluie est trop forte. Moi qui voulais me dégourdir les jambes, c’est raté… Journée pas franchement sportive ! Le retour pour récupérer la route goudronnée est chaotique. Il fait très sombre et je ne vois pas grand chose à cause des pluies diluviennes. Et à quelques dizaines de mètres de l’arrivée, je me retrouve dans une véritable mare de boue épaisse. En face de moi, les passagers de deux voitures phares allumés semblent me regarder et me prendre en pitié :”Va-t-il s’embourber et rester coincé ?”. Le moteur chauffe, hurle, la voiture patine… mais finit par me sortir de là de justesse. Ouf. Je crois qu’il va être temps de me trouver une chambre de motel. Ce sera à Farmington, point de départ pratique pour visiter les badlands de la région. La pluie finit par se calmer, un peu, au cours de la soirée. Fera-t-il enfin beau demain ?

Mardi 23 octobre, badlands sous la grisaille

Non, il ne fait pas beau quand je me réveille ! Pas de pluie pour le moment, mais un ciel complètement bouché. Peu importe, je vais quand même suivre le programme prévu dans cette zone, même si j’ai environ deux jours d’avance sur mon itinéraire. Direction Burnham Badlands, à une petite heure de route de Farmington. C’est un endroit très peu visité et je n’y croiserai d’ailleurs personne. Ce qui me frappe tout de suite, c’est cette couleur jaune moutarde caractéristique qui différencie Burnham des autres badlands, notamment Bisti.

Collines jaunes moutarde et noires de Burnham Badlands, New Mexico
Au loin, j’aperçois des zones de hoodoos qui me semblent intéressants. Pour y parvenir, il faut descendre avec prudence les collines colorées en trouvant son propre chemin. C’est assez glissant et il y a surtout des mini-canyons flanqués au sol de trous dont il faut se méfier. Il ne sont pas forcément très grands en apparence mais l’espace en-dessous l’est beaucoup plus. Un peu plus loin, les couleurs changent. Du jaune au rouille puis du rouille au blanc. Avec quelques formations rocheuses photogéniques en cours de route.

Un gros hoodoo trône au sommet d'une petite colline de Burnham Badlands, New Mexico
Un hoodoo très massif au sommet d'une colline de Burnham Badlands, Nouveau-Mexique
Zone très orangée de Burnham Badlands avec buttes et mesas en arrière plan
Il faut souvent trouver son chemin au milieu des collines et petits canyons de Burnham Badlands

J’arrive à ce hoodoo en forme de tourelle que je voyais d’en haut. Il y a même un nid d’aigle près de son sommet mais celui-ci semble inhabité. A quelques dizaines de mètres de là, un autre nid, d’autres hoodoos, des rochers en équilibre et… la pluie qui s’invite de nouveau. Assez faible dans un premier temps, ce qui me permet de continuer mes pérégrinations.

Petit monticule isolé et hoodoo abritant un nid d'aigle dans Burnham Badlands, New Mexico
Hoodoos et rochers en équilibre de Burnham Badlands, Nouveau-Mexique
Un nid d'aigle au sommet d'une petite butte de Burnham Badlands
Section plus chaotique avec nombre de hoodoos et formations rocheuses, Burnham Badlands
Vue sur plusieurs hoodoos au milieu de Burnham Badlands, Nouveau-Mexique
Bois pétrifié dans Burnham Badlands
Mais quand elle redouble de violence, je décide de remonter rapidement vers la voiture. D’autant que le ciel bien noir me fait penser que c’est parti pour durer. Un petit arrêt rapide pour photographier du bois pétrifié, assez fréquent sur les pentes des collines, et je suis revenu à mon point de départ en fin de matinée. La pause déjeuner se fait dans la voiture, pendant que l’intensité de la pluie diminue. Malgré la météo, je vais maintenant me diriger vers le lieu prévu après Burnham Badlands, Valley of Dreams. Cet endroit isolé est situé dans la partie ouest de Ah-Shi-Sle-Pah et accessible via plusieurs pistes assez simples. Je me gare au point GPS que j’avais noté et commence à marcher, sous le regard interloqué d’un troupeau de vaches. L’arrivée à Valley of Dreams est spectaculaire tant les hoodoos sont nombreux et concentrés sur un périmètre pourtant pas si grand. Un véritable chaos de roches aux formes les plus folles, où je ne sais plus où donner de la tête !

Quel dommage que le ciel soit si couvert, ce serait encore plus beau et impressionnant avec une météo clémente. Il se remet d’ailleurs à pleuvoir une nouvelle fois mais pas question de repartir déjà sans avoir vu le maître des lieux, Alien Throne. Ce hoodoo très particulier se trouve au nord de la zone qu’il faut donc traverser en se frayant un chemin parmi ces êtres de pierre à l’air inquiétant. Alien Throne se remarque facilement mais il y en a d’autres intéressants aux alentours. J’avais pensé à l’origine être ici pour photographier Alien Throne au coucher du soleil, mais je dois me contenter de quelques photos sous un ciel gris et blanc et une lumière très moche…

Alien Throne dans son environnement à Valley of Dreams, New Mexico
Alien Throne, formation emblématique de Valley of Dreams, Nouveau-Mexique
Formation rocheuse étonnante et ciselée dans Valley of Dreams, Nouveau-Mexique
Je dois même ranger mon matériel photo en urgence car il pleut maintenant des cordes et je m’abrite comme je peux dans un recoin pour éviter d’être trempé. J’aurais aimé aller ensuite à King of Wings mais ça ne vas vraiment pas être possible. J’attends une légère accalmie pour retourner à la voiture au pas de charge. Pas de camping non plus ce soir, je prends donc la direction de Bloomfield où je trouve un motel pas cher. Demain, je dois tenter une incursion dans Lybrook Badlands près de Nageezi. Les prévisions météo ne sont malheureusement pas très optimistes…

 

A suivre dans l’épisode 3 de Road Trip en solo Automne 2018 : le désert blanc de White Sands et les incroyables couleurs automnales de Guadalupe Mountains !

2019-03-17T10:00:57+00:004 mars, 2019|Récits de voyage|Aucun commentaire

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