VOLCANS ET GÉANTS DES CIMES (épisode 2) – jour 6 à 8

Samedi 27 juin, caverneux à souhait

On se lève à 6 h ce matin, un peu à regret : le lit est très confortable. Le petit-déjeuner est très agréable : on s’installe autour d’une table en fer forgé à l’extérieur de l’office. Il fait bon. On profite de la fraîcheur avant de partir du motel vers 7 h 50. Direction Lava Beds, un National Monument de Californie.

Comme elle est à peu près en forme ce matin, Christelle prend le volant. Nous avons environ trois heures de route : de la forêt, de la montagne… Et le Mont Shasta, un stratovolcan de 4 322 m, enneigé, que je prends en photo à de nombreuses reprises pendant qu’on roule mais aussi en faisant quelques rapides arrêts.

Le Mont Shasta enneigé dans le nord de la Californie
Sur la route de Lava Beds, on passe par la réserve naturelle de Tule Lake : un lac marécageux avec une végétation dense dont beaucoup de roseaux. Un abri préservé pour de nombreux oiseaux (échassiers dont sans doute des ibis, des canards, des oiseaux noir et rouge…) attirés par la riche terre volcanique. On marche jusqu’à un observatoire en bois. Le long du chemin, on n’a jamais vu autant de libellules bleues ! Des milliers volent autour de nous. On reste une bonne demi-heure à photographier et observer le lac et les oiseaux. C’est reposant et vivifiant à la fois, cet endroit. Ça nous fait un peu penser à l’Afrique du Sud, avec les montagnes en plus et les crocodiles et les hippopotames en moins.

Cache à oiseaux au bord de Tule Lake, Californie
Tule Lake dans le nord de la Californie
On arrive vers midi à Lava Beds : c’est un ensemble de tunnels creusés par la lave issue du Medecine Lake Volcano, des champs de lave pétrifiée… Les tunnels (on parle aussi de tubes) appelés les caves, peuvent être habités par des chauves-souris. Si c’est le cas, ces caves sont fermées à la visite. À l’entrée du parc, la ranger nous demande bien si on est allé dans des caves ou des grottes de l’est et du centre des États-Unis. Si oui, on peut en avoir rapporté des bactéries d’origine européenne, fatales aux chauves-souris locales. Je mentionne Carlsbad Caverns (Nouveau-Mexique) que nous avons visité il y a deux ans, mais ça n’inquiète pas la ranger. On obtient donc notre « passeport » pour visiter les caves.

On déjeune rapidement sur l’aire de pique-nique du visitor center avant d’entreprendre notre première visite de cave, Mushpot. Pour ça, on prend nos lampes frontales et nos gants de musculation (pour se protéger les mains de la roche de lave, biscornue). Mushpot est la seule cave à être illuminée. A faire pour débuter. Pour toutes les autres, il faut des lampes. Des casques sont aussi recommandés (on peut en louer au visitor center) selon la difficulté de la progression (debout, tête baissée, dos courbé, à genoux, voire ventre à terre pour les plus téméraires !). Cave éclairée ou pas, il faut faire attention où on met les pieds. Le sol peut être très irrégulier, glissant ; la roche, coupante. On accède aux caves par des escaliers plus ou moins raides, des marches dans la roche. La fraîcheur de ces tunnels détonne avec la chaleur lourde et continue du dehors, fatigante, à la longue.

La deuxième cave, Golden Dome, est sans aucun doute la plus intéressante parmi celles qu’on visite. Le plafond est tapissé d’une bactérie de couleur jaune, recouverte de gouttelettes d’eau. Ça scintille comme de l’or à la lueur des lampes. On dirait un décor de fête genre déco de Noël, tellement c’est doré ! On doit se baisser un peu à certains endroits pour passer, se repérer dans les différents tunnels pour éviter de tourner en rond. On chemine à peine dans la troisième cave qu’on avait choisie, Catacombs. On ne parcourt même pas une centaine de mètres avant de rebrousser chemin : on n’envisage pas trop de devoir ramper dans cette cave classée difficile d’accès, avec des passages de moins de 90 cm, voire de 30 cm de haut. Et de toute façon, on n’a pas fait l’essentiel : préparer notre parcours et se munir d’une carte, ce qui est hautement recommandé… Histoire de ne pas se perdre.

Plafond doré de Golden Dome Cave dans Lava Beds, Californie

On aime bien la quatrième cave, Sentinelle. On y entre par un bout (upper) et on en sort par un autre (lower), avant de marcher quelques centaines de mètres à l’air libre pour rejoindre le point de départ. Une cave accessible avec 500 m de cheminement, mais au sol irrégulier et un peu coupant pour les chaussures. On fait un bout seulement de la cinquième cave, Skull Cave. L’entrée, très haute, me fait penser à celle de Carlsbad Cavern. Le plafond du « vestibule » de cette cave est constitué de roches marbrées de blanc. On chemine le long de la paroi, et assez vite, on emprunte des escaliers métalliques descendant de plus en plus profond. Mais le parcours s’arrête net : une grille protège des zones gelées. On passe donc davantage de temps à prendre des photos dans le vestibule, avec le trépied et les lampes frontales.

Paysage extérieur de Lava Beds National Monument, Californie
Entrée d'une cave ou tube de Lava Beds, Californie
Entrée de la grotte Skull Cave dans Lava Beds, Californie
Sur la route de sortie du parc, je me rends rapidement à Fleener Chimneys, plus ou moins des cheminées de lave pétrifiée. Pas extraordinaire pour le coup. Christelle, fatiguée, reste dans la voiture.

On poursuit notre parcours et on s’arrête à West Wildlife Overlook, le long de Tule Lake. Ça nous rappelle un point de vue du Wetland Park, à Sainte-Lucie (côte est de l’Afrique du Sud, encore !) où on voyait des crocodiles émergeant de l’eau marécageuse. Le soleil illumine les marécages. Ça piaille, ça pépie, ça caquette, ça bruisse ! Les canards se rendent à la queue leu leu à un rassemblement dans une forêt de roseaux du lac. Les libellules se posent par dizaines sur les plantes. Le moment de faire quelques photos macro. Dernier arrêt avant de se rendre à notre motel : Petroglyph Point, dans Petroglyph Section, une partie à part du parc de Lava Beds. Mais de pétroglyphes, on n’en voit point. Je fais une reconnaissance sur un bout de chemin, en vain…

On reprend alors la route une petite heure jusqu’à Klamath Falls (Oregon) où se trouve la chambre de notre motel Super 8, réservée la veille grâce au wifi (il ne restait presque plus de chambres disponibles dans le coin). On y arrive vers 18 h 45. Gérante sympathique, chambre grande au rez-de-chaussée, mais impersonnelle et sans aucun charme. Wifi gratuit, pas de frigo, un lit de 160 cm de large. Et une fraîcheur exacerbée. On doit même mettre du chauffage, un comble ! Il est plus de 20 h quand on part en voiture pour dîner, pas loin du motel. On se couche un peu avant 23 h, avec un réveil programmé à 7 h. Pour bien dormir.

Dimanche 28 juin, freshness, beautiful lights, mosquitoes

Réveil à 7 h, ce matin. Christelle zappe le petit-déjeuner pendant que je me régale de gaufres. Aujourd’hui, on a une heure de route jusqu’à Crater Lake National Park : au cœur de ce parc, un lac qui s’est formé dans le cratère du volcan (1 882 m d’altitude) issu du mont Mazama. On part de Klamath Falls vers 8 h 30.

Arrivés dans le parc, nous démarrons en voiture le tour des points de vue autour du lac, immense. C’est le plus profond des États-Unis (de – 29 m à – 592 m). Normalement, il doit être bleu marine. Mais le ciel est nuageux. La couleur originelle n’est pas au rendez-vous. Mais c’est beau quand même. On fera une halte à Discovery Point, Watchman, puis plus tard, Phantom Ship…

Ciel menaçant au-dessus de Crater Lake, Oregon
Vers 11 h 30, on s’arrête à Cleetwood Cove Trail. Là, à une guérite, on réserve le bateau pour le lendemain : on se rendra ainsi sur l’île de Wizard, volcan dans le volcan émergeant du lac… On pourra découvrir l’île durant trois heures avant la promenade guidée et le retour en bateau. On déjeune tranquillement sur une aire de pique-nique, entre les pins, avant de démarrer, quelques centaines de mètres plus loin, à 12 h 25, notre randonnée du jour : l’ascension du Mont Scott. Pour un parcours annoncé de trois heures.

La pente est continue jusqu’au sommet où est construit un observatoire en bois, malheureusement fermé. Pas de pallier ni de grimpette. On n’est pas trop en jambes aujourd’hui et c’est un peu fatigant sous le soleil pourtant bien voilé par les nuages menaçants. On chemine parmi les conifères, à hauteur d’oiseau. C’est très agréable. On voit des oiseaux qui cognent leur bec contre l’écorce des arbres pour récupérer des vers de terre et des insectes ; d’autres qui poursuivent des insectes volant dans les airs. Des fleurs violette, jaunes, rouges parsèment la rocaille. Il fait alternativement chaud et frais sur le chemin aller. Il pleut même quelques gouttes. Et il fait très frais, voire froid en plein-vent, au sommet du Mont Scott. La vue y est circulaire. Dommage que le ciel reste si voilé…

Tour d'observation en haut du Mont Scott dans Crater Lake National Park, Oregon
Vue sur Crater Lake du haut du Mont Scott, Oregon
On prend le temps de faire des photos du paysage et de nous avant de redescendre par le même sentier. Effectivement, ça va beaucoup plus vite. Attention aux genoux quand même. Environ 45 minutes plus tard, nous voilà déjà à la voiture.

On reprend la route en s’arrêtant à quelques points de vue dont Vidae Falls (là encore, le soleil joue à cache-cache), puis on se rend au village de notre lodge/cabin, Mazama village, un peu avant 17 h. On prend les clés à la registration – on a droit à un sac de glaçons gratuit – avant de nous installer dans l’un des quatre lodges de la maison. Pas de frigo mais le wifi gratuit (ça fonctionne à peu près). Deux queen beds, une salle de bain douche et des poubelles pour trier et recycler ses déchets. Le temps de préparer le déjeuner du lendemain et il est déjà 18 h. Il est temps de ressortir.

Vers 18 h 15, on retourne donc au Rim Village (on y est allé en repérage le matin) pour voir si on peut dîner dans le restaurant du luxueux lodge – l’idée, c’est d’enchaîner les points de vue au coucher du soleil. C’est super-guindé, et les chambres sont très chères. On avise la réception du restaurant. Pas de place avant 20 h 30. Dans un sens, heureusement : les prix ne sont pas affichés à l’extérieur du restaurant, mais on devine que la note aurait été salée. Le bon point, c’est qu’on peut quand même déguster apéritif et entrée à l’extérieur de la salle de restaurant, dans une sorte de salon. On choisit cette option et on s’installe carrément sur la grande terrasse recouverte de tables basses et chaises en rotin avec, surtout, une vue imprenable sur Crater Lake. C’est calme, serein. Le soleil descend doucement sur les montagnes plus ou moins enneigées autour du lac. Nos voisins fortunés parlent de leur journée, de leurs voyages et de leurs yachts… Le serveur nous apporte sur un plateau un appetizer à base de crabe et nos soupes (chowders) consistantes pour… 30,50 $. Cher. Mais bon !

Ça aurait été génial sans les moustiques ! Ils nous poursuivent toute la soirée (à commencer par la terrasse) alors que nous nous arrêtons ensuite à plusieurs points de vue pour que je prenne des photos du coucher de soleil sur le lac. Merci le répulsif pour la peau, ça fonctionne un peu. Mais c’est vraiment une plaie, ces moustiques qui nous foncent dessus à la moindre occasion ! Par dizaines, ils s’agrippent à nos vêtements, foncent dans la voiture. On gesticule maladroitement pour les chasser. On en rigole avec nos « compagnons » d’infortune : les autres visiteurs qui sont dans la même posture que nous. Christelle discute même avec certains, comme ce couple cinquantenaire baba cool qui lui parle de Paris où il a vécu deux mois en 1998, lui demande ce qu’on a déjà visité aux USA, au Canada et qui recommande d’aller dans le Maine ; ou avec ce monsieur noir rieur qui montre à ses enfants la polaire à capuche de Christelle et leur dit qu’elle est « smart » de l’avoir mise. « Half-smart ! », corrige-t-elle en montrant ses jambes nues offertes aux moustiques. Effectivement, comme on a eu la mauvaise idée de rester en short, au début de la soirée, sans produit répulsif, on douille. On chope plus d’une dizaine de piqûres chacun.

Après avoir testé plusieurs points de vue, on se pose vers 20 h 10 au Discovery Point. Le paysage est à tomber au soleil couchant ! Du rose, du bleu, du jaune, de l’orangé sur les montagnes couleur ocre pastel du lac, des nuages moutonnant dans le bleu enfin nettoyé du ciel… Je pose mon trépied sur une petite avancée vers le lac. On y reste plus d’une demi-heure. Avant de faire un tour sur le site du Rim Village. Je sors d’abord puis Christelle me rejoins quelques minutes après avec son appareil photo. Le ciel est toujours incroyable, magnifique en couleurs pastel et avec des nuages cotonneux effilés, comme effacés au papier buvard. Du jaune, ça passe au orange…

Réflection du ciel dans le lac de Crater Lake, Oregon
Crater Lake et Wizard Island au coucher du soleil, Oregon
Coucher de soleil à l'heure bleue sur Crater Lake, Oregon
Ciel multicolore au coucher de soleil sur Crater Lake, Oregon
Ciel orangée en fin de coucher de soleil sur Crater Lake, Oregon
21 h 15. On repart et on regagne notre lodge pour la nuit, vers 21 h 30. Je renonce à photographier les étoiles. Trop de nuages. Et trop de moustiques !

Lundi 29 juin, volcans surprenants et couleurs parfaites

 On se lève à 6 h sans piqûres de moustiques supplémentaires apparentes, après s’être couché vers 22 h 20. C’est dur d’émerger. On aurait bien dormi davantage. Fraîche atmosphère dehors. Il doit faire 12° C environ. Grand soleil. La journée s’annonce belle !

On quitte le lodge à 7 h 30 pour s’arrêter à quelques points de vue avant notre escapade en bateau sur l’île de Wizard (2 116 m au point culminant). Premier arrêt à Discovery Point pour de nouvelles photos, cette fois au soleil. L’eau bleu marine du lac scintille. C’est magnifique ! La courbure du lac en fait un paysage en grand angle naturellement. On s’arrête à un autre point de vue avant celui de Watchman, avec son promontoire. Puis direction notre point de départ. Il est 8 h 30. Nous sommes un peu en avance, mais le temps de préparer les sacs à dos, de prendre nos billets, on part à l’heure dite, c’est-à-dire 8 h 45, pour 25 mn de descente jusqu’à l’embarcadère pour Wizard Island. Ça descend bien, le long des conifères, et la température grimpe au fur et à mesure de notre avancée. Le soleil brille.

Docks de Crater Lake vus de Cleetwood Trail, Oregon
On prend soudain la mesure du bleu de l’eau de Crater Lake. Ou plutôt des bleus. Un bleu marine irisé, tirant sur le bleu turquoise et le vert vers la berge. Ça scintille au soleil. Les couleurs sont profondes, superbes.

On embarque à 9 h 45 à bord d’une grande barque motorisée. On est une trentaine de passagers à bord. Des familles et des couples, des personnes seules, aussi. Le voyage aller sur le lac du cratère dure une grosse demi-heure. Le soleil tape déjà fort. Notre ranger guide, Emily, nous explique au micro l’histoire du volcan, les différentes couches de sédiments formant ses parois. Elle nous parle d’une gigantesque éruption, de la formation du lac avec la fonte des neiges… On ne comprend pas tout à 100% mais suffisamment pour retenir l’essentiel. On arrive en avance, un peu avant 10 h 30, sur l’île, un volcan formé dans un cratère de volcan. De la roche de lave, des conifères, des buissons et des arbustes. Pas loin de l’embarcadère, un vestige de… chemin de fer. Peut-être pour une mine ?

On embraye sur le chemin de randonnée menant au sommet du volcan. Deux miles aller-retour seulement, mais ça grimpe bien. Il fait chaud. On fait de temps à autre une pause à l’ombre. Encore des vues différentes du lac, sous d’autres angles.

Les eaux bleues azur de Crater Lake vues de Wizard Island Trail, Oregon

On ne se lasse pas de ses bleus. C’est hypnotisant. Le chemin est tantôt caillouteux, tantôt sablonneux, tantôt rocailleux. On croise des randonneurs sur le retour, en se demandant comment ils sont arrivés là (notre bateau est censé être le premier de la journée). On met trois-quarts d’heure pour atteindre le sommet. Et là, les vues sont époustouflantes !

Arbres morts au sommet de Wizard Island, Crater Lake National Park
Crater Lake vu du sommet de Wizard Island, Oregon

Le rouge des fleurs, le bleu du lac : des couleurs primaires dans leur intensité et leur pureté. Le blanc des arbres morts aux branches enchevêtrées et le bleu du lac nous font penser… à la Grèce. Le vert fluo pâle de la mousse des troncs d’arbres est surprenant. On fait le tour du petit cratère. C’est vraiment beau. On ne sait pas où donner de la tête pour les photos. Un ballet continu de grosses libellules rouges tournoie au-dessus du cratère pour manger les moustiques. Enfin, c’est ce qu’on suppose.

On prend la pause déjeuner à l’ombre d’un conifère en même temps que je réalise une série de photos au trépied. Il est un peu plus de 12 h 40. Vingt minutes plus tard, il est temps de redescendre du volcan. À bon pas, la pente aidant. On croise déjà les randonneurs arrivant du bateau suivant le nôtre. Une fois en bas, il ne reste pas beaucoup de temps avant de reprendre le bateau mais je décide néanmoins de me rendre à Fumarole Bay, une baie qui semble paradisiaque. Christelle préfère se reposer et redescend donc jusqu’à l’embarcadère. Je marche 10 à 15 minutes sur de grosses caillasses surplombant de quelques mètres l’eau du lac, sur la rive nord de Wizard Island. Je n’aurai finalement pas le temps d’aller jusqu’à Fumarole Bay, mais j’en ai tout de même un bel avant-goût : une petite baie paisible aux eaux turquoises et transparentes dans lesquelles j’aurais bien fait trempette si j’en avais eu le temps. Quelques photos et je reviens sur mes pas pour retrouver Christelle.

Eaux turquoises et transparentes près de Fumarole Bay, sur Wizard Island, Crater Lake National Park

On repart un peu après 13 h 30 de l’île, avec Emily et un nouveau capitaine, intéressé par mes appareils photo. De loin, Wizard Island ressemble à une grosse charlotte lisse, couleur sarrasin et piquée de sapins verts ! Lors du trajet retour, la ranger Emily nous montre des petites chutes d’eau issues de la fonte des neiges et qui nourrissent le lac (avec la pluie). Le capitaine approche notre embarcation des chutes. L’eau, ici, est pure et claire. Les jours de beau temps, on peut voir le fond du lac jusqu’à 45 m de profondeur, nous explique Emily, qui travaille sur les tours de Crater Lake depuis six ans. On approche et on fait le tour du Phantom Ship, un îlot en forme de bateau fantôme qui me fait penser à Pirates des Caraïbes. Contrairement au volcan de Wizard Island, tout jeune, c’est le plus vieux rocher de Crater Lake. Autour de lui, l’eau change de couleur. Elle est claire et laisse apparaître les roches du fond. Tout à coup, sans transition, elle se transforme en bleu marine lumineux : le fond est soudainement profond. On se demande comment le rocher fantôme tient debout… Et toujours comment l’eau arbore un tel bleu. Tellement pur qu’on le croirait chimique. En fait, ça doit être un bleu indigo. Je crois que ce qualificatif définit le mieux cette couleur.

L’eau du lac, pour une raison inexpliquée, fuit. On ne sait pas pourquoi, on ne sait pas où. Toujours est-il que le niveau baisse un peu : on voit les marques blanchâtres sur la falaise. L’eau de la fonte des glaces et de la pluie compense cette perte la plupart du temps. Emily nous explique comment les pionniers ont commencé à mesurer les profondeurs du lac : avec des systèmes de poids et de cordes, si on a bien compris. Dans les années 2000, quelque dix millions de fines mesures par sonar donnent une cartographie précise des fonds du lac.

On est assis à l’arrière du bateau. Les embruns nous arrosent le visage. Ça rafraîchit. Le tour retour dure près d’une heure et demie. On arrive à 14 h 55 à l’embarcadère. On voit alors plusieurs familles et des ados en train de se rafraîchir dans l’eau du lac, de se baigner, ou même carrément de plonger des rochers. Une trempette des pieds qui siérait bien ! Nous voilà donc descendant sur les rochers avant de nous déchausser et de goûter l’eau fraîche et limpide du lac. Vingt minutes plus tard, nous remontons le cratère par le même cheminement que l’allée, en vingt-cinq minutes. Fait chaud, on n’a plus beaucoup d’eau, mais ça va. Ce qui n’a pas été le cas pour une dame retraitée : une équipe de rangers la remonte sur un brancard. Une ambulance l’attend en haut, mais elle est debout et en meilleure forme quand nous la croisons alors.

16 h. On repart faire des points de vue, cette fois-ci, sous le soleil : Cloudcap Overlook et Sun Notch. À Sun Notch, on marche (boucle d’une vingtaine de minutes) jusqu’à un point de vue en plongée du Phantom Ship. Toujours magnifique au milieu du bleu indigo de Crater Lake. De ce bleu, on ne se lasse pas !

Phantom Ship et Crater Lake vus de Sun Notch Point, Oregon
Phantom Ship et les eaux bleues de Crater Lake, Oregon

17 h. On tente de quitter le parc. Circulation alternée pour travaux, juste avant la sortie. Aïe. Moins de dix minutes d’attente finalement. Ça va. Longue route en forêt, puis dans des rues, et sur l’autoroute. On arrive à 19 h 15 à notre motel, le Knights Inn, à Grants Pass (Oregon). Pas tout jeune, mais correct. Et on a un king size bed, le wifi gratuit et une petite cuisine dont un frigo. Dehors, il fait super-lourd. Dans les 95 ° Fahrenheit (35° C). On fait nos courses alimentaires au Safeway juste en face du motel. On fait dans le simple, ce soir, pour dîner, avant la douche et une soirée avec la clim dans la chambre : à 20 h 15, McDo fera l’affaire…

A suivre dans l’épisode 3 de Volcans et géants des cimes : les séquoias de Redwood et la Napa Valley !